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Corentin Ludwig
Le 2 juin 2020
[Compte-rendu] L'empowerment et les quartiers populaires

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[Compte-rendu] L'empowerment et les quartiers populaires

Compte-rendu de la conférence de Marie-Hélène Bacqué aux rencontres « Voix d’Avenir » 2019

Le 14 novembre 2019, La Fondation de France a organisé pour son 50e anniversaire les rencontres « Voix d’Avenir » à Montreuil. L’événement se concentrait sur les questions de participation et d’engagement citoyen. Nous avons suivi la conférence de Marie-Hélène Bacqué, professeure en études urbaines à l’université de Paris-Nanterre et co-auteure avec Mohamed Mechmache d’un rapport au ministre délégué de la ville en 2013 et intitulé Pour une réforme radicale de la politique de la ville. Elle est revenue lors de son intervention sur ses travaux sur l’empowerment, en particulier dans les quartiers populaires.

Marie-Hélène Bacqué a commencé par expliquer le contexte du rapport « Pour une réforme radicale de la politique de la ville ». Elle a particulièrement souligné que le rapport avait été réalisé de manière participative, avec une commission de suivi incluant acteurs et chercheurs, des visites de terrain et des entretiens, ainsi qu’une conférence citoyenne composée de 120 personnes militantes, engagées dans des associations ou des collectifs. Les débats dans cette conférence ont été pris en compte pour amender le rapport avant de le remettre au ministre.

Redéfinir la démocratie participative par l’interpellation et l’initiative citoyenne

La conclusion principale de ce rapport est le constat que les quartiers populaires ne sont pas des déserts politiques. Au contraire, ils sont composés d’un tissu important de petites associations qui souffrent du peu de reconnaissance qu’elles ont et du risque d’être aux prises de réseaux clientélistes. L’enjeu est donc de pouvoir permettre à ces associations d’atteindre une forme d’autonomie. La première proposition du rapport était de créer un fonds d’interpellation. Pour Marie-Hélène Bacqué, il s’agit de redéfinir la démocratie participative, qui est aujourd’hui majoritairement institutionnalisée, descendante. Or le citoyen doit aussi pouvoir contribuer et être à l’origine d’initiatives.

La chercheuse regrette qu’aucune des 30 propositions du rapport n’ait été retenue. Elle souligne qu’il manque une volonté politique forte, aussi bien au niveau national que local. Il existe encore en France des inquiétudes autour de ce type de démarche, permettant aux citoyens ou aux collectifs de citoyens d’être des contrepouvoirs. Marie-Hélène Bacqué signale que ce type d’initiative, où les citoyens se constituent pour proposer une contre-expertise, a déjà existé. A la fin des années 1980 par exemple, l’association Bellevilleuse, a obtenu un financement étatique et a pu faire appel à une contre-expertise et lancer un débat public sur la rénovation du quartier de Belleville (1).

Le programme de recherche participative POP-PART : une forme d’empowerment

Pourtant il existe une forte demande citoyenne de pouvoir contribuer. La chercheuse l’a remarqué au cours de son programme de recherche participative POP-PART, dont l’objectif est d’analyser les reconfigurations sociales en cours dans les quartiers populaires avec des jeunes filles et garçons de ces territoires. Il s’agit de produire une analyse sur leur expérience, de faire avec ces jeunes de la recherche, de produire de la connaissance, ce qui est aussi, selon Marie-Hélène Bacqué, une forme d’empowerment.

Ce programme s’étend sur dix quartiers aux configurations urbaines différentes : des quartiers de centre-ville, un quartier populaire de Paris, de villes périurbaines, des villes de la petite couronne, etc. La démarche va à rebours des images caricaturales et stigmatisantes de la banlieue, des représentations de ces quartiers qui se font sans les habitants. Le travail se fait donc avec des jeunes pour comprendre ce que c’est de vivre et grandir dans un quartier populaire.

Cela s’est déroulé sous forme d’ateliers, avec un usage de la vidéo car les jeunes savaient s’en servir, et autour de thématiques qu’ils ont eux-mêmes choisies comme les rapports fille/garçon ou la violence, dans l’optique finale de rédiger ensemble un ouvrage. La surprise majeure de cette expérience est la forte envie de ces jeunes pour le débat : ils n’ont pas dans leur vie d’espace pour cela, et ont donc soif de discussion.

Formes d’engagement dans les quartiers populaires

De ces débats est ressortie l’importance du quartier comme un lieu de protection, de solidarité et dont la diversité est une qualité reconnue par tous ces jeunes. Ces derniers ont fait preuve de lucidité sur la structuration de la société française et la hiérarchie sociale, tout en ayant de fortes attentes pour l’avenir. Le thème de l’engagement ne les a pas intéressés au premier abord, ce qui semble être une question pour les chercheurs.

Cependant, lors des discussions sur le mouvement des Gilets Jaunes, une fracture a été observée entre ceux qui étaient engagés (en majorité des jeunes blancs) et ceux qui éprouvaient de la sympathie pour le mouvement sans pour autant y aller, par peur de la répression policière (2). Dans le même temps, ces jeunes montraient différentes formes d’engagement, mais sans les identifier comme telles : maraudes pour aider des sans domicile fixe et réfugiés, voyage en Afrique pour construire un puits, etc. Ces formes d’engagements sont en fait très ponctuelles : ces jeunes souhaitent contrôler le but de leur acte et montrent une grande défiance envers les appareils politiques institutionnels.

Des tables de quartier aux conseils citoyens : le risque de la participation « gadget »

Marie-Hélène Bacqué a souligné que les dispositifs participatifs peuvent être mal employés, être « gadget » ou même des paravents pour éviter les débats. La déception concernant les conseils citoyens le démontre et explique que la « participation citoyenne » soit si souvent critiquée (3). Il y a un vrai risque de se retrouver face à des formes de manipulation, de vrais faux débats.

A Montréal, les Tables de quartier consistaient en de vrais espaces autonomes créés à l’initiative des citoyens. La puissance publique ne peut pas créer ces espaces elle-même, mais peut les soutenir financièrement. C’est ainsi que Montréal, allouant un budget de 100 000 dollars aux tables de quartier, a permis l’empowerment des citoyens.

Cette expérimentation a été adaptée par l’État français sous la forme des conseils citoyens, qui n’ont rien à voir avec les Tables de quartier. Le concept a été tordu : les conseils citoyens sont obligatoires, placés sous le contrôle du préfet, et n’ont pas de moyens. Marie-Hélène Bacqué souligne enfin que la participation citoyenne demande qu’on puisse discuter et décider de vrais enjeux, et non pas d’enjeux marginaux.

Retour sur la notion d’empowerment

Pour repenser l’objectif des démarches participatives, Marie-Hélène Bacqué est revenue sur la notion d’empowerment. Cette notion, qu’elle a découvert aux États-Unis, désigne un processus qui permet au citoyen et aux collectifs d’accéder au pouvoir, qui peut être individuel, collectif, mais surtout politique. La notion est née à la fin des années 1960, en partie portée par le mouvement féministe dans sa réflexion autour du pouvoir.

Le pouvoir doit être compris sous plusieurs formes d’interaction : pouvoir sur, mais aussi pouvoir de et pouvoir avec. Pour reprendre le cas des mouvement féministes, dans la lutte contre les violences faites aux femmes, il y a une idée de faire en sorte que les femmes sortent de cette violence mais aussi qu’elles ne se sentent pas dominées. Il fallait que ces femmes sentent qu’elles ont une force, un pouvoir à la fois individuel et collectif et que ce pouvoir, il fallait qu’elles le construisent ensemble.

Aujourd’hui, en France, cette notion est peu utilisée et a été traduite par le processus ou la construction du « pouvoir d’agir ». Marie-Hélène Bacqué pense qu’il faut construire un réel empowerment, c’est-à-dire faire en sorte que dans les quartiers populaires, les habitants, citoyens et collectifs puissent se construire un pouvoir collectif et non seulement individuel : un pouvoir de transformation de la société.

Notes

  1. Pour plus d’informations, lire Nicolas Rialan, président de l’association La Bellevilleuse, « La bellevilleuse contre les pelleteuses », Hommes&Migrations, 1993, pp.13-19
  2. Ahmed & Baptiste & Hachimia & Jeremy & Karima & Lisa-Marie & Louiza & Thibaut, « Gilets jaunes : regards de jeunes de banlieue », Métropolitiques, 23 mai 2019
  3. Sur les conseils citoyens, lire « Les conseils citoyens, beaucoup de bruit pour rien ? », Participation, numéro 24, 2019, 252p.
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