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[Retour d'expérience] Accropolis: la politique accessible aux jeunes

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[Retour d'expérience] Accropolis: la politique accessible aux jeunes

La Journée de la civic tech et de l’engagement citoyen, organisée par Décider Ensemble au CESE le 18 mars 2019, en lien avec la conférence internationale TICTeC 2019, a été l’occasion pour les acteurs français de la civic tech et de la participation citoyenne de se retrouver pour collectivement dresser un état des lieux du contexte français. Alors que le Grand Débat National touchait à sa fin, c’était le moment de réaliser un premier bilan de cette expérimentation et de ses déclinaisons dans les territoires. Les 14 temps de la journée ont été consacrés à des thématiques aussi variées que les expérimentations démocratiques au CESE, la civic tech en France et dans le monde, l’inclusion de nouveaux publics et l’éducation au numérique, les formes de l’engagement citoyen, l’accessibilité des plateformes numériques, la civic tech et la transition écologique et solidaire, ou encore les projets numériques citoyens. Cet article est issu d'une session de la journée.

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Jean Massiet, fondateur d'Accropolis, une civic tech qui propose des émissions en direct sur une plateforme de jeux vidéo pour décrypter la politique française et européenne, discute de comment les outils numériques peuvent servir à aller chercher de nouveaux publics et à rendre la politique accessible aux jeunes.

Quel est le pari d’Accropolis concernant la jeunesse et la politique ?

Accropolis fait le pari un peu dingue de vouloir réconcilier les jeunes, quel que soit leur âge, avec le débat public, l’implication et la participation citoyenne. Cela part de deux constats. Le premier, qui a d’ailleurs été fait par le Premier Ministre dans le cadre du Grand Débat national, est que les citoyens qui vont participer aux réunions publiques de consultation ou concertation sont toujours les mêmes : des personnes d’un certain âge, très sympathiques au demeurant, mais ne représentant qu’une certaine génération. Les jeunes sont malheureusement trop souvent absents des formats classiques d’engagement citoyen. C’est un constat partagé partout : dans les partis politiques, dans les syndicats, dans les associations, dans les dispositifs de participation...

Le second constat, qui est aussi fait par des chercheurs quand ils effectuent des enquêtes auprès de cette population, c’est que les jeunes ont aussi leur mot à dire, et veulent avoir leur mot à dire. Ils veulent participer à la vie publique, au destin commun : on le constate dans de nombreuses mobilisations dans lesquelles les jeunes sont très présents, parfois même en grande majorité, à l’instar des mobilisations sur le climat.

Comment faisons-nous alors pour toucher cette population ? Nous allons les chercher sur les plateformes et formats qu’ils utilisent. Nous sommes installés principalement sur Twitch, une plateforme de diffusion en ligne à l’instar de Youtube, mais qui est spécialisée dans le jeu vidéo. Nous avons adopté les codes et les formats qui sont spécifiques à cette plateforme, en nous disant que si nous les adaptons pour parler de politique, alors nous pouvons réussir à toucher ces jeunes qui n’auraient jamais cliqué sur un lien qui mène vers une consultation publique standard.

Et ça marche ! Cela fait trois ans que nous diffusons tous les jours, ce qui au cours de l’année représente 230 émissions. Nous avons sept émissions par semaine et travaillons avec différentes institutions. Dans le cadre du Grand Débat nous avons organisé une émission spéciale, le « Grand débathon » : 11 heures de direct avec une audience d’un demi-million en cumulé et en présence de dix ministres, dont le Premier Ministre Édouard Philippe qui est venu répondre directement aux questions posées par de jeunes internautes.

La participation citoyenne c’est formidable, mais tous les outils qu’on peut mettre en place, aussi géniaux soient-ils, ne serviront à rien si on ne parvient pas à résoudre l’équation des nouveaux publics. Rénover la démocratie signifie aussi rénover le public qui participe. Si c’est juste remettre un coup de peinture sur les formats traditionnels, cela ne sert pas à grand-chose.

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Quel est votre retour d’expérience sur le Grand Débat pour le public jeune que vous ciblez dans vos émissions ?

Le Grand Débat a été un moment très particulier pour plusieurs raisons. D’abord, les quatre thématiques choisies étaient très larges, et puis le lancement du Grand Débat a été fait dans un flou artistique. Plusieurs questions nous inquiétaient : celle des garanties, de l’efficacité politique, des modalités d’organisation entre autres. Nous avons surtout remarqué que les jeunes s’y intéressaient très peu. Ils étaient bien informés sur les gilets jaunes, mais ne savaient globalement pas grand-chose du Grand Débat, n’en avaient pas vraiment entendu parler.

Le gouvernement s’en est rendu compte un peu tardivement, avec les premiers chiffres qui montraient une faible participation de la jeunesse. Nous sommes alors entrés dans la boucle avec notre émission. Selon les données que j’ai obtenues, il y a eu 2,8 millions de personnes qui ont fréquenté la plateforme numérique du Grand Débat et parmi eux 30% étaient des jeunes entre 15 et 34 ans. C’est plutôt satisfaisant, bien que nous n’ayons pas actuellement d’études plus poussées sur qui sont les jeunes qui ont participé au Grand Débat, et pourquoi ils ont participé, dans quelles conditions et selon quelles modalités.

De plus, dans le cadre d’un partenariat avec le CESE, nous avons couvert en direct la restitution de ses travaux sur le Grand Débat lors de leur séance plénière et nous avons eu des retours intéressants de la part des jeunes qui ne savaient pas à l’origine ce qu’était le CESE et quelles étaient ses missions.

Comment définissez-vous votre cible ?

Nous avons créé Acropolis pour intéresser les jeunes qui ne s’intéressent pas à la politique. Nous ne voulions pas être « Sciences Po TV », car les jeunes qui s’intéressent à la politique, qui militent ou qui connaissent ces sujets n’ont pas besoin de nous. Ils ont déjà les outils nécessaires pour s’informer et décrypter la politique.

A chaque fois, j’aime prendre l’exemple d’un jeune imaginaire, qui s’appelle Dylan, a 17 ans et vit à Montluçon. Ce Dylan ne regardera jamais une émission de politique à 20h sur une chaîne publique, il n’écoutera jamais les interviews des politiciens à la radio, car cela ne l’intéresse pas. Il a l’impression que cela ne lui parle pas, que cela ne le concerne pas. C’est ces jeunes-là, ces Dylan-là, que nous cherchons à toucher.

En général, quand on demande à ces Dylan pourquoi ils ne s’intéressent pas à la politique, ils vont répondre que « la politique c’est chiant et c’est hyper compliqué ». C’est chiant, parce que le format n’est pas adapté, difficile à regarder, avec ces vieux en costard qui parlent un langage qu’on ne comprend pas. La politique est aussi très difficile à suivre : il y a un jargon spécifique, des mécaniques et postures un peu complexes. Par exemple, lors des séances à l’Assemblée nationale, beaucoup de jeunes me disent sur la plateforme : « je ne comprends pas la différence entre le monsieur en costard 1 et le monsieur en costard 2, ni la différence entre un député et un ministre, ni celle entre un président de commission et un secrétaire de commission ». Il faut donc un ticket d’entrée pour comprendre la politique. C’est à cette problématique que nous essayons de répondre en vulgarisant et en diffusant avec un langage très différent.

Est-ce que vous savez si vous arrivez à toucher ces « Dylan » ?

En fait, nous cherchons à toucher un public entre 15 et 35 ans qui – on l’espère – représente toutes les catégories socioprofessionnelles. Contrairement à d’autres civic tech, comme nous passons par une plateforme tierce dont nous ne sommes pas propriétaires, nous ne collectons aucune donnée sur nos utilisateurs. Nous n’avons donc que peu d’informations sur nos abonnés.

Avec Youtube, nous pouvons grâce à leur outil Youtube Analytics observer que les personnes qu’on touche se répartissent ont pour 40% entre 15 et 25 ans et pour 40% entre 25 et 35 ans, le reste étant de manière équitable plus jeunes et plus âgés. Donc 80% de notre audience est dans notre cible.

Au niveau du territoire, nous touchons majoritairement les jeunes des centres urbains avec une surreprésentation de l’Île-de-France, ce qui correspond à la répartition des jeunes en France, les centres métropolitains étant aussi les centres d’études et de vie de la jeunesse. Nous avons été toutefois surpris d’avoir un certain écho auprès des jeunes installés à l’étranger, pour un échange d’études mais aussi des travailleurs expatriés, qui nous regardent pour des raisons soit pratiques soit éditoriales. En effet, il est difficile de suivre la politique française depuis l’étranger et certains qui ne peuvent pas visionner des chaînes d’informations passent par nos canaux, notamment par les réseaux sociaux dont Facebook.

Si l’on devait identifier la limite d’Accropolis aujourd’hui, c’est que du fait du choix de la plateforme notamment, nous touchons beaucoup plus de garçons que de filles. Notre grande cause pour 2019-2020 est d’obtenir une meilleure parité de notre public sur la plateforme. D’aillers, quand on va à la rencontre de notre audience en physique, notamment dans les métropoles, il y a une certaine parité dans le public, ce qui nous rassure.

Enfin, dans la pratique, vulgariser auprès des jeunes ne signifie pas faire du jeunisme. Il n’y a rien de pire que de vouloir « faire jeune » pour attirer les jeunes. Au contraire, l’effet obtenu est souvent l’inverse ! Des études ont montré que les jeunes étaient attirés par les Youtubeurs qui ont une caractéristique bien particulière : l’authenticité. Nous proposons donc une méthode particulière, qui s’inspire des jeux vidéo : nous sommes cool, détente, peut-être un peu jeune dans la manière de faire mais nous leur parlons comme à des adultes, sans jouer ce que nous ne sommes pas. En somme de manière sincère et authentique, et c’est ce qui plaît aux jeunes.

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